Séminaire interdisciplinaire : “L’invention de la lutte bretonne (ou gouren) au XXe siècle” Aurélie EPRON

Date de dernière mise à jour : le 4 mars 2014

Conférence d’Aurélie EPRON
Jeudi 20 Février 2014 – 14h00 – salle 1
L’invention de la lutte bretonne (ou gouren) au XXe siècle
La communication se déroulera en deux temps : la première partie consistera à résumer les travaux menés jusqu’ici sur le gouren, la seconde partie mettra en perspective ces recherches avec le projet « Wrestling around the world ».
Résumé de la présentation
La fête gymnique et le spectacle sportif – perçu à l’origine comme moins nationaliste – ont participé, ensemble et de manière différenciée, à la diffusion d’une culture corporelle nationale puis internationale (Arnaud, 1987 ; Gay-Lescot, 1985). Cet habitus corporel universel et singulier participerait ainsi de la perte d’identité et privilégierait l’uniformisation.
Pourtant, à y regarder de plus près, l’histoire du gouren nous montre que cette domestication des masses (Mosse, 1997) n’aboutit pas systématiquement et uniformément à un univers symbolique partagé. En effet, à l’observation, les rites et les sociabilités de ce sport traditionnel, qu’est aujourd’hui la lutte bretonne, interpellent. La sportivisation entamée dans l’Entre-deux-guerres et les prolongements plus ou moins polémiques qui ont marqué la seconde moitié du XXe siècle et le début du XXIe siècle, incarnent l’un des axes historiques d’unification et d’opposition.
Ainsi, nous interrogeons ce qui fonde la contemporanéité de la pratique. Cette question du sens du gouren, en Bretagne, nécessite la compréhension fine des modes de mobilisation d’un discours identitaire, le décryptage de l’invention d’une lutte et/ou de la recomposition récurrente de son passé, de l’investissement voire du surinvestissement identitaire dont le recours au discours sur le passé celtique ou glorieux de la région, des ancêtres et des pratiques ancestrales constitue précisément une composante forte. Les enjeux qui entourent cette innovation sportive manifestent plus globalement un « besoin d’identité » (Epron, 2008).
Nous montrerons alors comment et pourquoi les acteurs inscrivent en permanence, leurs discours et leurs actes sur un double registre : celui d’une spécificité régionale qui ne peut se comprendre et se légitimer que dans son attache celtique, et celui de la revendication d’un patrimoine propre au territoire armoricain ; sans que soit pour autant évacuer l’attachement à la nation française.
Finalement, la rénovation de cette lutte, marquée par des innovations alliant des actions de santé, de réappropriations culturelles et pédagogiques, enracine de manière originale le message de la revendication identitaire dans la modernité politique et sociale.
Mots clés : luttes, dynamique identitaire, altérité, innovation, régionalisme
Bibliographie indicative
Épron A., « Le gouren (XIXe – XXe siècles) de l’art de combat aux jeux artistiques : un processus d’orientalisation ? », in Hily G. et coll. (titre en négociation avec les PUR ; ouvrage collectif des chercheurs associés CRBC), à paraître.
Épron A., Sanchez Jiménez A., La deportivización del “Gouren” : El ejemplo de la lucha bretona en Francia, Revista de investigación Cuerpo, cultura y movimiento (Bogota), à paraître.
Épron A., Fuchs J., « L’héritage celtique comme moyen d’exaltation de la bretonnité : l’exemple de la lutte bretonne (de l’entre-deux-guerres à nos jours) », in Stumpff S., Jallat D., Sport et régionalismes. Les mouvements nationalitaires en question, Grenoble, PUG, 2013, pp. 27-41.
Épron A., « La féminisation de la lutte bretonne (gouren) : héritage culturel et transformation des identités sexuées », Savoirs sportifs, sciences sociales, vol. 3, 2012, pp.19-32 (numéro spécial dirigé par Jaccoud C., Aceti M., Sport, femmes et institutions, collection Suisse, Editions CIES).
Épron A., Histoire du gouren (XIXe-XXIe siècles) : l’invention de la lutte bretonne, Thèse Staps, Université Rennes 2, 2008.
Biographie sommaire
Fonctions actuelles
 Depuis le 1er septembre 2013, Maîtresse de conférences, Centre de Recherche et d’innovation sur le sport (CRIS EA 647), UFR STAPS, Lyon 1.
o Chercheuse associée CRBC – Maison des sciences de l’homme de Bretagne (EA 4451).
o Experte en politiques sportives et culturelles auprès de collectivités et organismes publics.
o Consultante et personnalité scientifique auprès du mouvement sportif, membre de la commission Dossier Patrimoine Culturel Immatériel Unesco de Bretagne culture diversité.
o Conseillère culturelle (suppléante), Conseil Régionale de Bretagne
Contrats précédents
 2007-2013 : Ater et Enseignante chercheuse contractuelle
o Ecole Normale Supérieure Rennes (2006-2009)
o Ufraps Rennes 2, Saint-Brieuc, IUFM de Bretagne (2005-2006 ; 2007-2009)
o UFR Staps, UBO Brest (2009-2013)
 2008-2011 : ANR Pras-gevu
Thèmes et terrains de recherche
Jeux, sports, inventions et dynamiques identitaires :
 Activités Physiques et Sportives, Corps, Techniques, Transmission
 Cultures, Patrimoines, Politiques et technologies culturelles
 Institutions éducatives, santé et gouvernance

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